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Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #Challenge : Sur les pages du Japon

appeldupied.jpgEditions Picquier, Domaine Etranger
Publication : 2003 (VO), 27 avril 2005 (VF) _ Réédition : 28 mars 2008
163 pages _ 6,10 €

 

4ème de couverture : « A dix-neuf ans, Wataya Risa est la plus jeune lauréate jamais couronnée du prix Akutagawa, le Goncourt japonais. Et l’histoire qui a conquis le jury et le public japonais n’est sans doute pas très éloignée de sa propre expérience de lycéenne, il n’y a pas si longtemps. Ce journal intime d’une jeune fille qui n’arrive pas à s’intégrer dans sa classe est au plus près des sensations, de la contradiction des sentiments qui affleurent sous la surface unie des apparences. De ces moments où l’on cherche un sol ferme sous ses pieds, pour s’aventurer à la découverte de la vie. Et lorsqu’on se sent attirée par un garçon qui vit confiné dans sa passion pour un mannequin vedette, on aimerait bien le réveiller de son rêve pour qu’il fasse ses premiers pas avec vous, sur ce chemin incertain.

Une chronique sensible, et pleine d’humour, de cet âge oscillant entre la nostalgie d’une enfance innocente et la naissance, presque malgré soi, de ce qui pourrait bien s’appeler l’amour. »

 

Mon avis :Je ne suis pas encore une très grande experte de la littérature japonaise, d’où ce challenge suite à celui de Choco où j’avais déjà fait des découvertes intéressantes, et c’est pour ça qu’aujourd’hui je me retrouve avec un livre inclassable à mes yeux ! Une bonne découverte. Au départ de ma lecture, un peu perdue parce que je ne savais pas encore où j’avais mis les pieds mais au final, vraiment intéressant. Malgré cela, me vient à l’esprit cette expression de « livre extraterrestre ». Puisque cet ouvrage dénonce, mets le doigt sur des problèmes de la société japonaise comme la difficulté de s’intégrer dans une classe, de se faire de nouveaux amis et parfois de garder les anciens, de respecter certains codes imposés part la société et ce que s’est de se retrouver rejeté si on n’accepte pas cette règle de faire « partie d’un groupe », sans oublier le personnage de Ninagawa qui nous donne un petit aperçût de ce que c’est d’être un otaku. Et au milieu de tout ça, Hatsu qui va se découvrir une attirance pour Ninagawa.

            Je trouve assez mal dit de présenter dans le résumé cet ouvrage comme étant : « le journal intime d’une jeune fille », alors que ce n’est pas le cas. Hatsu ne nous écrit pas, c’est nous qui envahissons sa tête, son intimité, pour vivre sa vie de lycéenne.

            Au début de l’histoire, c’est le premier trimestre et Hatsu ne s’est toujours pas fait de véritables amis. Il y a bien Kinuyo du collège mais elle l’a laisse de plus en plus souvent tomber pour aller rejoindre un nouveau groupe d’amis. Pour preuve, en science-nat, elle se retrouve au rebut comme personne ne lui a proposé de venir travailler en groupe, contrainte de combler les trous. Ce qui aura l’excuse de faire se rencontrer Hatsu et Ninagawa. Sauf que c’est la passion de ce dernier pour le mannequin féminin Oli Chang qui les fera se rapprocher, notre héroïne l’ayant déjà rencontré.

            Les évènements s’ensuivront entre scènes de solitude, tentative avortée de Kinuyo de faire s’intégrer son amie à son groupe, d’appel à l’aide muet et les apparitions, comme un électron libre, répétées de Ninagawa dans sa vie. Où au final, elle n’aura plus que lui dans sa tête, fascinée par cette fascination pour une personne qu’il n’a jamais rencontré. Moi aussi j’ai été fasciné par ce personnage, Ninagawa, qui est bien loin d’être asocial, vivant à 100% sa passion. Une passion débordante qui ne l’empêche pas pour autant d’être un humain vivant et civilisé, et d’avoir conscience de ce qui l’entour sans pour autant y prêter grande attention.

            Au contraire de Kinuyo et de ses efforts répétés envers Hatsu. Une fille normale, qui sait s’intégrer facilement et qui a bon cœur comme on peut le remarquer. Pour moi, elle est l’image du japonais lambda. Et étrangement, j’en ai voulu à chaque fois à Hatsu de la repousser sans ménagement. Se faisant parfois cruel, choisissant mal ses mots pour s’exprimer, se faire comprendre. Hatsu dont je ne sais pas trop quoi penser. Son comportement est-il dû à la jalousie ou à la colère ? Où est-elle trop mature pour le lycée ? Elle qui rejette tous les codes, qui ne comprend pas cette obligation d’appartenir à un groupe et de faire semblant de bien s’entendre. Alors qu’au fond, elle désire juste se faire un véritable ami(e). Est-elle vraiment en marge de la société on rencontre-t-elle juste des problèmes à s’intégrer à cause de la timidité ?

            Personnellement, ça m’a choqué que ces jeunes ne se parlent pas juste pour se dire : « bonjour », ou bien : « bien joué ». Des phrases simples et qui font du bien, qui mettent du baume au cœur. Tout du long, j’ai plus eu l’impression qu’on disait à Hatsu : « tu viens ou tu viens pas ? ». Au point que parfois, face à tout ses faux-semblant, notre héroïne craque et laisse s’échapper la vérité, cette vérité que tout le monde semble éviter de regarder en face, au point de se faire détester. Et que dire de la présence de ses parents qui est inexistante. Où est passé la figure parentale ? Ne soutiennent-ils pas leurs enfants ou sont-ils aussi dépassés qu’eux ? Au point que lorsque l’amour se présente à leurs yeux ils ne savent pas la reconnaitre, comme nous le démontre le comportement de Hatsu face à son obsession pour Ninagawa.

            Au final, je retiendrais qu’il est dur dur d’être lycéen au Japon et que j’ai apprécié la lecture de ce livre dont j’aurais aimé découvrir un dénouement à la relation entre Hatsu et Ninagawa.

 

Extrait :

« Nous sommes en juin, la rentrée a eu lieu il y a à peine deux mois, je dois encore être la seule capable de dessiner le trombinoscope complet des affinités et relations d’amitié de la classe. Même si, en ce qui me concerne, je suis hors cadre. Kinuyo, qui était jusque-là mon seul fil de sécurité, me laisse de plus en plus tomber. Quand le prof a demandé s’il y avait quelqu’un qui restait sans groupe, j’ai levé la main. La honte. Si encore j’avais répondu de la voix… Il a fallu que je lève la main comme une fleur, avec tous ces regards qui cherchaient quels étaient les laissés pour compte, j’ai dû avoir l’air d’une bestiole de l’autre monde. Le pire, c’est qu’il y a eu un autre rebut pour lever la main dans le même geste servile. Maintenant, toute la classe est au courant que les deux seuls à ne pas encore s’être fait d’amis, sont ce garçon, Ninagawa, et moi. »Bannière Avril - 2

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