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Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #FINI challenge : J'aime les classiques !

huisclos.jpgEditions Gallimard/Folio, Théâtre
Publication : 1994 (VF) _ Réédition : février 2000
256 pages _ 6 €

 

4ème de couverture : « GARCIN : - Le bronze… (Il le caresse.) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent… (Il se retourne brusquement.) Ha ! vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. (Il rit.) Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les Autres. »

 

Estelle, Garcin et Inès, morts, se rencontrent en enfer, dans un salon Empire. Ils s'attendent à y subir des tortures infinies et à y retrouver leurs victimes. Ensemble, ils discutent de ce qui les attend, de ce qui les a conduit là et tissent d'impossibles relations les uns avec les autres pour finalement comprendre que " l'enfer c'est les autres ".

(Propos recueilli sur le site de la FNAC).

 

Mon avis : Voici une pièce de théâtre que je ne me lasserais jamais de lire, je pense et que j’ai eu la chance d’étudier en première au lycée, de tomber dessus à mon bac de français et de monter un dossier dessus pour mon oral de théâtre. C’est pour dire à quel point je tien à cette pièce !

            L’un des avantages de cette pièce de théâtre c’est quelle se lit assez rapidement : en une ou deux heures. Le gros inconvénient (si l’on peut dire), c’est que lorsque l’on referme le bouquin, celle-ci ne cesse de nous poursuivre tant elle taraude l’esprit, trotte, tourne en rond au fin fond de notre conscience. Car Jean-Paul Sartre nous présente ici un enfer assez particulier, un enfer qui nous propose comme décors : « un salon style Second Empire. Un bronze sur la cheminée » (première didascalie).

            Ainsi, point d’enfer avec ses grosses fournaises muni de broche à cochon, ni de petits diablotins cornus aux gros sabots qui s’amusent à faire claquer leur fouet sur le dos tendre des âmes damnés. Pas de tortures physiques…  Non, car la meilleure douleur qui soit est la douleur psychologique, celle qui ne guéri jamais et ça, Sartre l’a très bien compris puisqu’il nous en fait une merveilleuse démonstration en enfermant trois personnages tout aussi différent par leur vie que par leur comportement dans une pièce exiguë à en étouffer.

            Dans la pièce où se rencontre Garcin, Inès et Estelle, pas la moindre trace de miroir. En réalité, avec le temps, au fur et à mesure qu’ils racontent leur vie on apprend que le miroir est dans le regard de ceux qui nous entour car qui mieux que le regard des autres pour nous dépeindre tel que nous sommes sans mensonges, ni fioritures ? Et lorsque l’un des protagonistes arrivent enfin à ouvrir la porte et qu’il a l’occasion de s’enfuir, celui-ci n’arrive pas à franchir le seuil car l’être humain par nature a peur de la solitude quitte à devoir souffrir de la présence des autres, que se soit par l’amour, par la haine, par la peur ou etc...

            L’homme est un éternel prisonnier de lui-même et des autres hommes, qui assume difficilement sa liberté.

            Cette pièce de théâtre me remémore souvent une phrase culte gréco/latine : homo homini lupus, soit : l’homme est loup pour l’Homme. Elle signifie que l’homme, au sens générique, est un animal sauvage, toujours prêt à faire du mal à ses semblables. Que l’homme est le pire ennemi de son prochain.

            A méditer tout ça, vous ne trouvez pas ?

 

Extrait scène 5 :

« Inès :

- Je vois. (Un temps.) Pour qui jouez-vous la comédie ? Nous sommes entre nous.

Estelle, avec insolence :

- Entre nous ?

Inès :

- Entre assassins. Nous sommes en enfer, ma petite, il n'y a jamais d'erreur et on ne damne jamais les gens pour rien.

Estelle :

- Taisez-vous.

Inès :

- En enfer ! Damnés ! Damnés !

Estelle :

- Taisez-vous. Voulez-vous vous taire ? Je vous défends d'employer des mots grossiers.

Inès :

- Damnée, la petite sainte. Damné, le héros sans reproche. Nous avons eu notre heure de plaisir ; n'est-ce pas ? Il y a des gens qui ont souffert pour nous jusqu'à la mort et cela nous amusait beaucoup. À présent, il faut payer.

Garcin, la main levée :

- Est-ce que vous vous tairez ?

Inès, le regard sans peur, mais avec une immense surprise :

- Ha ! (Un temps.) Attendez ! J'ai compris, je sais pourquoi ils nous ont mis ensemble.

Garcin :

- Prenez garde à ce que vous allez dire.

Inès :

- Vous allez voir comme c'est bête. Bête comme chou ! Il n'y a pas de torture physique n'est-ce pas ? Et cependant, nous sommes en enfer. Et personne ne doit venir. Personne. Nous resterons jusqu'au bout seuls ensemble. C'est bien ça ? En somme, il y a quelqu'un qui manque ici : c'est le bourreau.

Garcin, à mi-voix :

- Je le sais bien.

Inès :

- Eh bien, ils ont réalisé une économie de personnel. Voilà tout. Ce sont les clients qui font le service eux-mêmes, comme dans les restaurants coopératifs.

Estelle :

- Qu'est-ce que vous voulez dire ?

Inès :

- Le bourreau, c'est chacun de nous pour les deux autres. »

 
defi_classique.jpg

Commenter cet article

Luna 16/03/2011 14:21



Je viens tout juste de découvrir Sartre et c'est une très belle surprise : j'aime beaucoup son style nonchalant pour parler de choses (presque) tabou...


Je viens d'ailleurs de poster mon avis sur "Huis-Clos" sur mon blog...


 


Joli article, je reviendrais ;)


Bonne continuation !!



Ambroisie 16/03/2011 19:14



Je suis très heureuse d'apprendre que cette pièce à encore du succès à notre époque. Je viendrais faire un passage sur ton blog.


Bonne continuation à toi aussi !



maggie 09/01/2010 10:20


Après bien des hésitations, je viens de publier un billet sur cette pièce... Je ne suis vraiment pas satisfaite mais décidément, je n'arrive pas à écrire quelque chos qui me plaît....


Ambroisie 09/01/2010 16:46



Je vais y jeter un coup d'oeil et te donner mon avis. Merci à toi de m'avoir prévenu.



maggie 06/01/2010 18:47


Je l'ai terminé et j'ai adoré ! Mtnt, j'ai des difficultés pour formuler mon billet parce que je suis encore sous l'influence du tien ! Je réfléchis pour qu'il n'ait pas l'air d'une reformulation
de ton billet qui m'a vraiment plu !


Ambroisie 06/01/2010 22:19



Merci beaucoup à toi pour le compliment (attention, je vais finir par rougir), et surprise que tu es déjà lu la pièce. Ouah ! Vraiment, c'était terriblement rapide.
En tout cas, je te souhaite beaucoup de courage pour ton billet.
Pourras-tu me faire signe lorsque tu auras réussi à surmonter l'épreuve, que je vienne te lire ?

P.S. : Il semblerait qu'il y ai un petit problème avec le lien de ton blog, je n'arrive pas a y accéder. Ce qui me chagrine terriblement !



maggie 03/01/2010 09:48


Ton billet incite à la lecture : je vais acheter ce livre dès que j'ai le temps !


Ambroisie 06/01/2010 18:40



Merci à toi pour ton commentaire. J'espère que tu arriveras à te trouver du temps pour l'acheter mais aussi pour le lire. Bien que très courte, la pièce est vraiment
intéressante. Bonne lecture !



Marie L. 30/12/2009 22:33


Je crois bien l'avoir lu! Garcin, Estelle, Inès, que de noms familiers! La vanité des uns, la futilité des autres... C'est une pièce vraiment intéressante et qui donne beaucoup à réfléchir. A lire
et relire.
Ton analyse est pertinente, très juste. Elle éclaire bien la pièce...


Ambroisie 31/12/2009 15:39



Merci à toi pour ton commentaire. J'espère en avoir d'autres !