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Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #Genre Jeunesse

l-age-d-ange.jpgEditions Ecole des Loisirs/Medium, Jeunesse
Publication : 11 septembre 2008 (VF)
126 pages _ 8 €

 

4ème de couverture : « Au Gymnasium, le lycée de la ville haute, il y a les jaguars, programmés pour la réussite, et quelques rois du ruisseau, des Gavroche et des Esmeralda égarés. Comme Tadeusz et ses mains rouges. Il porte des maillots de sport ou des chemises de bûcheron, vit en banlieue, excelle en russe.

            Personne ne le connaît vraiment. Il est étrange, bizarre, solitaire, d’ailleurs.

            Un peu comme cet ange, sans sexe et sans âge, qui se noie dans les pages des livres, au point d’en oublier les autres et son propre corps. Un ange de dix-sept ans qui pense, dort, rêve en grec, sa matière préférée. Une passion qui s’incarne dans Amours des dieux et des héros, le livre le plus précieux de la bibliothèque du lycée.

            Un jour, cette raison d’être disparaît des rayonnages. A son retour, le livre n’est plus le même, avec, entre ses pages, les traces d’un autre. Comment alors supporter la réalité quand le paradis est aux mains rouges d’un inconnu et que la vie gronde de plus en plus fort, de plus en plus dangereusement ? »

 

Mon avis : Après Margaux et Julia, je me suis retrouvée à nouveau en manque. Un manque dévorant qui fait frémir les doigts, gronder l’estomac et fait s’emparer les yeux d’une frénésie infatigable. Je me suis transformée en chasseur traquant sa proie, à la recherche DU livre qui pourra enfin me rassasier ! Moi, l’ogresse. La dévoreuse de livres !

            C’est ainsi que le besoin de ma drogue fut le prétexte pour passer commande de ce petit ouvrage, dont le titre et le résumé intriguant ont marqué mon esprit depuis notre première rencontre dans une petite librairie indépendante. Sommeillant là jusqu’à ce que j’ose le premier pas.

            Voilà chose faite !

            Une fois dans les mains, j’en ai fait mon 4H00. Je me suis jetée telle une affamée sur l’histoire que cet « ange » a bien voulu nous partager. L’histoire de Tadeusz, de sa rencontre avec un « ange ». De comment cette créature va s’éveiller au monde au contact du jeune homme. Un hommage rendu en son honneur par la seule et unique personne  qui ne l’a jamais connu.

            A l’image de cet « ange », avant l’apparition de Tadeusz, le monde paraît sans couleur, sans saveur, les visages n’ont pas de sexe et notre narrateur non plus, apparemment. A part les livres. Seul les livres existent, vivent. Et c’est la rencontre de deux êtres autour d’un livre sur la mythologie grecque qui m’a charmé au premier abord. Un vrai coup de foudre ! Il ne m’en fallait pas plus pour aimer cet ouvrage avant même de l’avoir lu – un amour qui a doublé pendant ma lecture, d’ailleurs.

            Au départ, mes yeux ne vivaient que par les livres et ne voyaient qu’à travers eux, ne connaissant rien au monde qui m’entoure jusqu’à l’apparition de Tadeusz, de cette première rencontre. Où moi aussi j’ai été charmée, captivée, capturée. Je suis tombée amoureuse au même titre que notre « créature céleste », jusqu’à ce que ma lecture me mène en même temps que le narrateur à m’interroger sur son identité, sur elle. Que je me rende compte trop tard de ce qu’il avait dévoilé depuis le début.

            Une fin triste et touchante. Une magnifique façon d’aborder les thèmes de l’adolescence, de l’identité. Comment l’enfant se cherche et se construit à travers son entourage familial et scolaire, l’actualité, l’amour et surtout, surtout !, la différence, l’homosexualité. Et la mort.

            L’écrivain réussit en un tour de main à se jouer de nous avec de simples mots en nous cachant savamment l’identité sexuelle du narrateur au début du roman dans le but de nous le dévoiler en même temps que se dévoile Tadeusz, ce bon Tadeusz.

            Tout comme « cette ange », je suis tombée amoureuse de ce jeune homme avant de comprendre que son cœur ne m’appartiendra pas, et son corps encore moins. Jamais.

            Subtilement, tout en douceur, Anne Percin nous éveille au monde autour de nous et à autrui, ce qu’il est, ce qu’il représente. Accepter et se faire accepter. Et parfois, la répugnance, l’indulgence et l’acceptation du monde sur la différence et ses conséquences.

            J’ai été touchée et bouleversée par le récit de cet ange et de la tragique destinée de Tadeusz. Un livre jeunesse à lire. La collection Médium de l’Ecole des Loisirs ne m’apporte que du bonheur depuis mes premiers essais.

 

Extrait :

« Je sentis mes joues brûler, je devenais rouge comme si c’était moi qu’on venait de prendre en faute.

  J’étais d’ailleurs en faute.

  Je m’étais inventé un monde totalement inaccessible et parfait, un domaine inviolé. Dans ce domaine, j’aimais. Je ne m’intéressais à personne, puisque personne ne s’intéressait à la même chose que moi. Je me croyais au dessus des autres, juste parce que j’étais à l’écart. Je me croyais unique, je n’étais que solitaire. Quand on se sent incompris, l’orgueil tient compagnie.

 

  J’avais envie de lui demander pardon. Pardon pour mon mépris, pardon pour mes préjugés.

  Je me tournais vers Tadeusz, pour le considérer cette fois d’un œil plus modeste, d’un cœur plus sincère.

  Mais je n’eux pas le temps de mettre dans mon regard autre chose que de la surprise. Il avait fermé le livre et me regardait.

 

  Les premiers mots qu’il m’adressa furent prononcés d’une voix franche et directe, à peine soulignés d’un accent polonais qui leur donnait quelque chose d’hésitant.

- C’est toi qui empruntes tout le temps le livre ?

- Oui, m’entendis-je répondre.

  Je sentais bien qu’il fallait me rapprocher, pour donner suite à la conversation qui s’engageait, mais j’avais plutôt envie de fuir.

  Il recula sur sa chaise, écartant avec son pied celle qui était à côté de lui. Il était clair qu’il attendait que je m’assoie. J’allais le faire lorsque la bibliothécaire, revenant de son bureau, passa devant nous.

- Alors finalement, ça y est, vous vous êtes trouvés ! lança-t-elle avec un sourire.

  Le doute n’était plus permis. Nous étions réunis ; à sa grande satisfaction, elle avait sous la main les deux illuminés du rayon Antiquité.

[…]

  Tadeusz continuait à traverser la cour, et moi à le suivre. Ses réponses étaient toujours justes, il n’hésitait jamais. Au sujet de Sparte, il en savait même plus que moi.

  Il pénétra sous le préau fermé de colonnes, où trônait le buste de Périclès si souvent abîmé par les élèves. Là, sous les yeux de l’illustre Athénien, il prit ma main droite dans la sienne. Je sentis au passage le contact rugueux de sa chemise canadienne. Il serra assez fort mes doigts, comme pour signifier que cela représentait autre chose qu’une simple poignée de main.

- Tu vois, elle a raison, la dame de la bibliothèque. On a fini par se trouver. Non ?

  Mes jambes manquèrent de se dérober…

  Tadeusz lâcha ma main juste quand la cloche annonçant la fin de la récréation retentit. Je n’avais rien répondu.

  Il eut un petit sourire gêné et s’écarta. Je le vis s’éloigner, grimper quatre à quatre, d’une allure de footballeur à l’entraînement, les marches du perron. J’avais cours moi aussi, mais dans une autre aile du lycée.

  Je m’engouffrai sous le porche, les mains tremblantes, le cœur si ravagé que j’en avais la nausée. »

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Skelarh 19/01/2012 08:12


Très bon billet part'naire. Ton descriptif donne vraiment envie de lire le livre d'ailleurs, quand je vais me motiver à passer une grosse commande de livre je pense qu'il sera dedans ;)

Ambroisie 19/01/2012 18:04



Merci beaucoup, j'ai vraiment hâte de voir les tiens ! Je peux aussi te le passer le livre, tu sais ?



Luna 18/01/2012 13:47


Tu me donnes très envie de le lire !

Ambroisie 18/01/2012 18:28



C'est un très bon petit livre à découvrir. Je te le conseille.



yohann 18/01/2012 10:34


trés émouvant billet, mais trés bien fait. :)

Ambroisie 18/01/2012 18:27



Comment ça "mais très bien" ? lol