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Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #FINI challenge : In the Mood for Japan !

le-coupeur-de-roseaux.jpgEditions Gallimard, Classique
Publication : 1932 (VO), 1997 (VF) _ Réédition : 2003
128 pages _ 2 €

 

4ème de couverture : « Lors d’une promenade autour d’un ancien palais impérial, le sanctuaire de Minase, le narrateur rencontre un homme étrange. Est-ce un fantôme, un esprit qui hante les lieux ? Celui-ci lui offre du saké et lui raconte l’histoire de la belle O-Yû, perverse et inaccessible…

Un court roman, librement inspiré d’un vieux conte, pour découvrir un immense écrivain japonais. »

 

Extrait :

« Je regarde dans le lointain

Le pied des montagnes est enveloppé de brume

Rivière Minase !

Pourquoi avoir préféré

Les soirs d’automne ? »

 

Mon avis : Après Le pont flottant des songes, où j’avais adoré le style épuré, les descriptions et le ton serein, je me suis un peu penchée sur les articles de mes consœurs : Iluze, Purple Velvet & Jana. A ma défense, j’ai été énormément surprise de ce que je lisais dans le fait que je suis complètement passé à côté d’un évènement dans mon article parce qu’il ne m’avait pas du tout choqué pendant ma lecture. Dans le sens où je le classais sur le compte d’une vie reculée et coupée du monde que poursuivent nos trois protagonistes. Beaucoup d’entre-elles s’accordent en ce qui concerne la beauté des mots mais là où ça dérange, c’est le thème abordé. Celui où la belle-mère s’évertue à se fondre dans l’image de la mère en plus du lien limite incestueux qu’elle entretien avec le fils et le père. Une vie à trois où parfois le fils tète le sein de sa belle-mère qu’il considère comme sa véritable mère. Ça ne m’avait pas plus choqué que ça parce que leur relation ne va pas plus loin. Pour moi, ça m’était apparu un fétichisme comme un autre. Mais apparemment ça a dérangé beaucoup de lectrices, allant jusqu’à les mettre mal à l’aise.

            Un point sur lequel je ne pensais pas revenir pour ce livre-ci.

            Je ne cache pas que le début est très long à se mettre en place. On suit notre personnage faire son petit bout de chemin pour une ballade nocturne sous le clair de lune pendant une quarantaine de pages. Les descriptions sont très belles mais à moins de connaître l’histoire du pays et sa géographie sur le bout des doigts, on peut très vite s’y perdre. Malgré ça, on retrouve ce style épuré, calme et serein que j’avais apprécié auparavant. C’est vraiment agréable et appréciable, offrant une lecture sans prise de tête. J’ai aussi aimé les descriptions faites sur le décor qui ont été un véritable décodeur pour moi de l’œil japonais face aux nombreuses estampes que j’ai pu observer. J’en ai un peu plus découvert sur la culture de ce pays.

            Puis enfin a lieu cette rencontre tant promise dans le résumé. On écoute, on regarde et on retient son souffle pendant que l’inconnu nous plonge dans son passé. Il nous racontera l’extraordinaire vie qui a été celle de son père, de sa mère et de sa tante. Ce premier amoureux de cette dernière, O-Yû sama, qui ne pouvant l’épouser à cause des anciennes traditions face au veuvage, il épousera la sœur cadette, O-Shizu, afin d’avoir une excuse pour continuer de l’approcher. A savoir qu’O-Yû a été élevée comme une princesse et que toute sa famille lui est dévouée. Dévoué au point que sa sœur cadette épouse l’homme simplement parce qu’il lui permet de rendre le plus souvent visite à sa sœur pour continuer de la servir comme une simple servante.

            Il se nouera au fur et à mesure de ces rendez-vous à répétition un étrange trio amoureux sans que cela ne tombe dans la non convenance. La tension est là, palpable mais la bonne humeur, la joie que peut procurer la simple présence d’autrui aussi. Ils acceptent ce que peut leur autoriser la société et s’en contentent sans jamais essayer de dépasser les limites. Car point est le but de transformer ces petits moments de paradis en véritable enfer.

            Là où une situation du même genre pourrait tourner au vinaigre sur fond de jalousie teintée de sang l’auteur réussi, lui, à nous rendre cette situation la plus agréable possible. Comme-ci les japonais dans leur mode de vie simple et pourtant si compliqué à la fois, n’étaient jamais tentés à céder à la luxure ou bien même, à un simple sentiment d’égoïsme dans le seul but d’assouvir un besoin primitif. Un thème qui je me rends compte peut encore une fois déranger certaines personnes bien que j’ai à nouveau apprécié la lecture que m’offrait Junichirô Tanizaki.

            Ses histoires peuvent être chargées de thème très lourd et récurant, sa plume balaye tout doute et rencontres déplaisantes à mes yeux.

 

Extrait :

« Il est vrai qu’en matière de paysages, les goûts varient selon les dispositions de chaque spectateur, et il s’en trouverait sans doute pour dénier toute valeur à ce lieu. Quand à moi, des montagnes et des cours d’eau ordinaires sans rien de grandiose ou d’inattendu, tels que ceux-ci, m’invitent à une douce rêverie et me donnent l’envie de m’attarder indéfiniment auprès d’eux. S’ils ne surprennent pas l’œil et ne ravissent pas l’âme, de tels paysages attirent le voyageur par leur abord amène et souriant. A un regard rapide, ils ne livrent rien, mais celui qui s’attarde longuement après d’eux se sent entouré de chaleur et d’une douce affection, comme dans les bras d’une tendre mère. Dans la solitude du soir, surtout, on voudrait se fondre dans la fine brume qui flotte au-dessus de l’au, et qui semble de loin nous faire signe. Pourtant, comme le dit l’empereur retiré Gotoba, « pourquoi avoir préféré les soirs d’automne ? ». Si, en accord avec la suggestion contenue dans son poème, cette soirée était située au printemps, si une nuée écarlate enveloppait le pied paisible des montagnes, et que des cerisiers fussent en fleur ici ou là sur les deux berges de la rivière, sur les sommets environnants et dans les vallées, comme l’ensemble prendrait plus de chaleur ! Voilà donc, sans doute possible, la vue qui s’offrait au regard de l’empereur retiré. »challenge-In-the-mood-for-Japan

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Axl 06/03/2011 21:12



D'une machination amoureuse qui inclut quatres personnes (comme les quatres bras de la svastika donc)



Ambroisie 06/03/2011 22:01



Oh ! Il va falloir que je me renseigne alors parce que j'ai vraiment aimé son écriture, sa façon de rendre certains évènements beaux et sensuels quand ce n'est
pas le cas. Et je vais me renseigner aussi sur cette svastika que je ne connais pas.



Axl 06/03/2011 19:45



J'avais beaucoup aimé svastika de cet auteur :)



Ambroisie 06/03/2011 19:47



Ah ? Ca parle de quoi ?