Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #FINI challenge : In the Mood for Japan !

le-fusil-de-chasse.jpgEditions Le Livre de Poche, Classique
Publication : 1949 (VO), 1963 (VF) _ Réédition : 1982, 1988, 1990
96 pages _ 3,00 €

 

4ème de couverture : « Tu avais fini de frotter le canon et tu remontais la culasse, que tu avais également nettoyée. Alors tu levas et abaissas plusieurs fois le fusil en épaulant à chaque fois. Mais peu après le fusil ne bougea plus. Tu l’appuyas fermement contre ton épaule et tu visas, en fermant un œil. Je me rendis compte que le canon était manifestement dirigé vers mon dos.

Y.I.

Trois lettres, adressées au même homme par trois femmes différentes, forment la texture tragique de ce récit singulier. Au départ, une banale histoire d’adultère. A l’arrivée, l’une des plus belles histoires d’amour de la littérature contemporaine. Avec une formidable économie de moyens, dans une langue subtilement dépouillée, Yasushi Inoué donne la version éternelle du couple maudit. »

 

Mon avis : Le Fusil de chasse n’était au début qu’un simple poème qu’un ancien camarade de classe de l’école primaire réclama au narrateur pour une revue publiée par la Société des Chasseurs du Japon, le Compagnon du Chasseur. Au départ, pas très emballé car n’y connaissant rien à la chasse, celui-ci finit par se laisser aller à la tentation après avoir fait le rapprochement entre un fusil de chasse et l’isolement d’un être humain. Voici ce qui en découla :

 

Extrait :

 « Puisque ce poème a un rapport avec l’histoire que je raconte, j’ai décidé de l’insérer ici :

Sa grosse pipe de marin à la bouche,

Un setter courant devant lui dans l’herbe,

L’homme gravissait à grandes enjambées, en ce début d’hiver,

Le sentier du mont Amagi,

Et la gelée blanche craquait sous ses semelles.

 

Il avait vint-cinq cartouches à la ceinture,

Un manteau de cuir, marron foncé,

Une carabine Churchill à canons jumelés…

Mais d’où venait son indifférence, malgré son arme de blanc et brillant métal,

A ôter la vie à des créatures ?

 

Fasciné par le large dos du chasseur,

Je regardais, je regardais.

 

Depuis ce temps-là,

Dans les gares des grandes villes,

Ou bien la nuit dans les quartiers où l’on s’amuse,

Parfois je rêve,

Je voudrais vivre sa vie…

Paisible, sereine, indifférente.

 

Par instants change la scène de chasse :

Ce n’est plus le froid début d’hiver sur le mont Amagi,

Mais un lit asséché de torrent, blanc et blême.

 

Et l’étincelant fusil de chasse,

Pesant de tout son poids sur le corps solitaire,

Sur l’âme solitaire d’un homme entre deux âges,

Irradie une étrange et sévère beauté,

Qu’il ne montra jamais,

Quand il était pointé contre une créature. »

 

            Je vous laisse imaginer sa surprise lorsque plusieurs semaines après la publication il reçoit une lettre d’un certain Josuke Misugi qui s’est reconnu comme étant le chasseur décrit dans le poème. Cette journée sur le mont Amagi où ils se sont croisés et qui par sa brièveté a inspiré notre cher poète. Josuke propose alors de pousser encore plus cette rencontre fortuite, propose à notre poète d’apprendre à le connaître par le biais de trois lettres reçues de trois femmes différentes tout juste avant cet évènement. Une façon à ce chasseur inconnu de s’expliquer, de se faire comprendre.

            Dans la première lettre, nous faisons connaissance avec Shoko. Cette jeune femme vient de perdre sa mère et avant de tourner la page, elle désire s’expliquer avec Josuke. Elle lui décrit les derniers jours qu’elle vient de vivre et comment elle a découvert que celui-ci avait une liaison avec sa mère par le biais du journal intime que tenait cette dernière. Lui explique ce que ces révélations ont eu comme effet sur sa vie.

            Dans la deuxième lettre, nous faisons la connaissance de Midori, la femme trompée de Josuke Misugi. Elle lui réclame le divorce, décrit ses sentiments, leurs vies communes, toutes ces années où elle a continué d’espérer et comment elle en est venu enfin cette fois-ci à sauter le pas bien qu’elle se savait cocufiée depuis une dizaine d’années. Il faut dire que jusqu’à présent, elle ne savait pas que cette femme n’était autre que sa cousine.

            Et dans la dernière lettre, nous entrons dans le cœur de Saïko, la mère de Shoko et cousine de Midori. Elle explique que si Josuke lit ses mots aujourd’hui, c’est qu’elle a quitté ce monde. Elle lui avoue tous ses sentiments, ces moments d’amour qu’elle ne regrette pas d’avoir vécu avec lui et ce petit bout de papier qui continuera à la faire vivre même après sa mort. Une petite part d’égoïsme de sa part. Les joies de se faire aimer…

            Il n’y a que les japonais pour transformer une histoire d’adultère en une histoire d’amour touchante, poignante et émouvante. Au tout départ, étonné de découvrir des lettres faisant facilement chacune une vingtaine de pages, s’est bouleversé que j’ai terminé ce livre. Un petit bouquin que je ne regrette pas d’avoir choisi pour commencer ce challenge. Par son biais, j’ai aussi pu faire connaissance avec ce style japonais si caractéristique, une agréable surprise car j’ai rarement eu le droit de voir des sentiments comparé à des décors naturel aussi bien choisi. C’est d’une sobriété. Un drame raconté avec un romantisme dont je ne me serais jamais douté.

            Une œuvre incontournable de la littérature japonaise qui a obtenu en 1950 la plus prestigieuse des récompenses littéraire du Japon : le prix Akutagawa.

 

Extrait :

« Maintenant que Mère est morte, vous êtes seul à savoir. Et le jour où vous quitterez ce monde, nul être sur cette terre n’imaginera qu’un tel amour ait jamais existé. Jusqu’à présent, je croyais que l’amour était semblable au soleil, éclatant et victorieux, à jamais béni de Dieu et des hommes. Je croyais que l’amour gagner peu à peu en puissance, tel un cours d’eau limpide qui scintille dans toute sa beauté sous les rayons du soleil, frémissant de mille rides soulevées par le vent et protégé par des rives couvertes d’herbe, d’arbres et de fleurs. Je croyais que c’était cela, l’amour. Comment pouvais-je imaginer un amour que le soleil n’illumine pas et qui coule de nulle part à nulle part, profondément encaissé dans la terre, comme une rivière souterraine ? »

challenge-In-the-mood-for-Japan

Commenter cet article

Merquin 03/02/2011 11:15



Merci. Et, oui, c'est de moi : j'ai fait un billet sur le livre et les mots se sont
enchainés d'instinct. J'écris mieux que je ne parle ... Et j'y ai réfléchi plutôt longuement ! Il est vrai que
sans ton avis éclairé, j'aurais surement passé à côté !



Ambroisie 05/02/2011 14:52



Oh ! Faut que j'aille lire l'article alors ! En tout cas, merci pour le lien car je n'arrivais pas à aller sur ton site. A chaque fois je tombais sur un lieu
commercial. Je ne sais pas si c'est normal ou si tu as fait une erreur de frappe dans le lien...



Merquin 28/01/2011 13:38



Un long discours... 


Non, l'adultère n'est pas passé inaperçu ; il ne m'a plu non plus ; je ne jette pas de pierres car chacun a une raison valable ou pas de faire. Mais il est vrai qu'il est traité plus soft si je
compare aux séries américaines de la même époque (1930).


Certes, la souffrance est bien là mais comme si elle régnait en nuage de brume ; la douleur de ne pas avoir eu le bonheur que l'on cherche en dépit des autres ; elle s'exprime dans chaque phrase.
Sauf que j'ai trouvé comment m'en sortir de cette histoire triste ! Réparer ou changer ! Simple, précis et ô combien difficile !!


La solitude du chasseur n'est vu que dans le poème mais sa vie d'avant a été plutôt tumultueuse et c'est celle de maintenant est solitaire comme s'il était à la retraite, à mon sens. Le
poète l'a idéalisé, l'a poétisé : et rien n'est plus doux qu'un poème !


Passe un belle journée.



Ambroisie 29/01/2011 18:21



Tout ce que tu as écrit est de toi ou tu le tires de quelque chose ? En tout cas j'aime bien. Il y a dedans des mots que je cherchais justement mais que je ne
trouvais pas le jour où je te donnais mon point de vue lors de ton premier commentaire.



Merquin 20/01/2011 22:43



Là, tu viens d'éveiller ma curiosité. Je connaissais Inoue pour son beau style d'écriture mais comment transformer une chose mal (adultère) en une chose belle (romance) vu par un tiers ?



Ambroisie 22/01/2011 17:56



C'est à cause de la méthode que l'auteur utilise pour présenter l'histoire car nous ne
rencontrons aucun des protagonistes de cette histoire d'adultère directement. Chaque rencontre se fait par le biais d'une lettre que le chasseur à reçu de ces trois femmes. Une longue lettre
chacune où chaque personnage prend le temps de s'épancher sur les sentiments qui remuent dans son cœur. Et malgré les blessures et les coups dans le dos qu'il y a eu à cause de cette relation,
aucune ne se fait vulgaire, ni en colère, ni insultante.


Je pense que le style du discours qu'elles tiennent joue un rôle important dans la façon
de percevoir cette histoire. Car n'oublions pas que le chasseur a vu à travers ce simple poème un compagnon auprès duquel il pourrait vider son sac, alléger un peu son fardeau. Un fardeau qu'il
me donne l'impression de présenter en commençant un peu comme ceci : "Excusez-moi mais puis-je vous parler un peu de ma vie  ? De cette histoire d'amour que j'ai partagé où j'ai aimé une
femme et fait souffrir une autre". C'est un peu comme s’il demandait l'autorisation au poète avant de le faire glisser à son tour dans cette histoire.


De mon point de vue, je pense que c’est pour cela qu’on ne s’offusque pas de cette
relation hors mariage.



Marie L. 13/10/2010 18:31



Oh my god! Voilà un titre noté depuis longtemps sur ma "whishlist"... ton avis est au moins aussi élogieux que celui qui m'avait fait retenir ce titre...


Il va falloir que je trouve ce livre un de ces quatre et le plus tôt sera le mieux!



Ambroisie 13/10/2010 23:23



Saute au plus vite sur l'occasion alors. Où si tu veux, je peux te le prêter ?