Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #Genre Lectures Amoureuses

le jeune soldatEditions La Musardine, Lectures Amoureuses
Publication : 27 mai 2009 (VF) _ Réédition : 17 novembre 2011
256 pages _ 9,95 €

 

4ème de couverture : « François soldat… Ces deux noms ensemble lui paraissent une gageure. Et pourtant, ce garçon libre donne tout aux copains, prêt à les aider, sans se douter des pièges que l’amitié lui réserve. Chaque jour, faisant le mur de la caserne, il va se baigner dans un endroit qu’il croit désert. Là, des photos de lui dans le plus simple appareil sont prises par un garçon innocent qui déclenche l’irréparable : François va être obligé d’épouser une fille enceinte. Tout irait à peu près s’il ne devinait l’identité du vrai père. Il faut cacher la vérité. Tout se ligue contre lui, mais il possède la grâce du bonheur. »

 

Mon avis : De passage à la FNAC d’Orléans avant de faire un saut chez mon ami Skelarh, en longeant les rayons mon regard a fini par tomber sur l’un de mes auteurs fétiche. Cela va s’en dire que je ne pouvais pas repartir sans ledit bouquin. Dont je n’ai fait qu’une bouchée quelques jours plus tard.

            L’un de mes auteurs favoris que je m’efforce de découvrir avec une lenteur d’escargot afin de faire durer le plaisir. Tout ça parce que dans sa plume, il y a ce je ne sais quoi qui me fait chavirer le cœur et briller les yeux. Le seul capable de narrer une romance entre hommes comme personne. Et qui en même temps, réussit l’exploit de vous donner l’impression d’avoir une chance exceptionnelle d’assister à la naissance d’une idylle unique à travers un trou de souris.

            Quelque soit le thème, quelque soit l’histoire, je suis toujours aussi touchée et émotive dès que je tiens un de ces livres entre mes mains. Et tout en sachant que ce livre risque d’en répugner certains puisqu’il est question dans le fond : « d’inceste et de sodomie », mon regard lui pour le travail de l’homme ne change pas ; n’arrive pas à changer. Ensuite, il s’agit de mon premier roman où la fin de l’histoire ne finit par dans les larmes et la mort mais dans la vie, la joie et l’amour.

            A l’histoire de François, j’ai vibré. J’ai douté et j’ai souffert à l’unisson. François, ce jeune soldat qui un jour se fait photographier à son insu par Martin. Des photos qui finiront entre les mains de sa jeune sœur Marine qui vient de tomber accidentellement enceinte. Obligée de taire le nom du vrai père, son choix sera vite fait. Bientôt, François sera accusé à tord, puis se rendra complice du secret qu’on lui demande de garder. Tombera amoureux de Marine et de Michel ; les deux amants, frère et sœur.

            Bien que rejeté par le beau-père, il se verra accueilli au sein de sa nouvelle famille par sa nouvelle sœur et ses deux nouveaux frères, lui, l’orphelin. L’enfant en lui qui jusqu’à présent n’a fait que rechercher la chaleur de bras aimants. Il endossera tous les rôles et on l’aimera d’autant plus. Surtout deux personnages en particulier.

            En François, j’ai retrouvé Gérard dans Les mauvais anges et Doug dans Pour jamais. La marque de fabrique de l’écrivain où autour du personnage on retrouvera un entourage envieux, jaloux et attiré par le rôle du jeune homme insouciant et distrait. Sans oublier les quelques privilégiés qui auront la chance d’entrer dans sa sphère et ainsi, lui devenir proche – pour ne pas dire intime. Ce personnage qui revient sans cesse dans ces romans et qui est le rôle par qui tout arrive et tout se termine. Où l’amour semble être la seule nourriture qu’il accepte, son oxygène. Où les années qui s’écoulent semblent n’avoir jamais aucune emprise sur lui. Et sa seule peur étant de se retrouver seul à nouveau, lui qui contre de l’amour n’a que sa propre chaire à offrir.

            Avec ce roman, l’espoir renait. Bien que le ton soit grave, mon cœur lui bat la chamade. Et encore une fois, l’histoire est tellement bien travaillée. L’univers, les personnages et l’amour fouillés, retournés, examinés comme sous un microscope.  Les descriptions et les sentiments trop réalistes au point que l’on se demande si l’auteur n’a pas rêvé, imaginé et repensé sans cesse toutes les scènes dans sa tête pour finir par mener une vie chimérique.

            Jusqu’à présent, l’auteur m’avait habitué à une fatalité inévitable de l’amour homosexuel et à un joug de la société auquel il semble impossible de ce soustraire. Obligé de se cacher par peur d’être rejeté, lapidé. Qu’on vole cet amour si pur qu’impose la légalité du sexe. Car dans un couple homosexuel, on donne et on se donne sans distinction. On aime et on est aimé de la même façon. Tel est la vision d’Eric Jourdan, son mantra, son hymne, son message, sa vérité. Je ne sais si il a fini par l’atteindre mais en tout cas, je le lui souhaite.

 

Extrait :

« Il se lança dans le récit impersonnel de sa vie, comme s’il racontait l’expérience de quelqu’un d’autre. Que voulait-il leur faire entendre ? L’importance de ne pas être seul, l’amour valant toutes les compromissions… Les enfants écoutaient sans bouger, ne comprenant pas très bien ce que signifiait le récit de la vie d’un inconnu.

  Pourquoi avait-il commencé par le soldat ? Mais tout avait vraiment débuté quand il avait été soldat ; il avait alors pris conscience de ses véritables envies, de la complicité d’amitié et de sexe à la caserne, puis de sa fuite devant ses désirs en s’isolant chaque jour près de la rivière, et sa fuite plus avant avec cet amour soudain d’une femme pour cacher, il le voyait maintenant, son besoin d’un autre lui-même. Il parla sans détours, sans rien de violent hors les sentiments qui se faisaient jour peu à peu dans son histoire, sans rien surtout qui pouvait les choquer, à leur âge où leur langage pourtant n’avait aucune contrainte.

  Il parla comme s’il avait reçu les confidences d’un copain, mais certains détails trop vrais, surtout les impressions de solitude, lui échappèrent. L’aveu entraînant l’aveu, allait venir l’instant où il devrait dire : « J’étais ce jeune soldat » ou plutôt, car il n’avait pas changé : « Je suis ce jeune soldat. » Il cherchait comment échapper à ce piège inutile, lorsque dans une poche d’un des jumeaux le téléphone sonna. C’était celui de la fille, elle ne répondit pas. Ils ne voulaient pas rompre le fil de ce qui les subjuguait. Il y eut un silence. Comme Romain se relevait, Mike lui prit la main, mais de nouveau le téléphone emplit la pièce de sa mélodie sautillante : on les attendait pour dîner dans la grande maison, ils avaient laissé passer l’heure. Et, bien sûr, ils venaient avec des bûches, François devait le leur avoir rappelé…

  Dans le bûcher, ils entassèrent du bois sur une luge. De fins flocons givrés tournoyaient dans l’air. A travers les sapins alourdis de neige la grande maison était illuminée ; au-delà, de vagues lueurs trahissaient d’autres chalets. Les enfants s’en allèrent, tirant la luge et se chamaillant comme d’habitude pour rire.

  Resté seul dans la nuit, François prit conscience de tout ce qu’il avait livré de lui-même. Ils n’avaient pas eu l’air de comprendre qu’il ne parlait que de lui et leur confiait en quelque sorte son âme. Il fallait que le petit Romain fût heureux et ne sombrât pas dans les recherches d’un partenaire décevant. Son premier amour devait être protégé ; c’était du cœur qu’il s’agissait, de ce coup de foudre ou d’abord le visage était en cause. Appuyé contre un stère de bois sous l’auvent du bûcher, sa parka ouverte, François ne sentait plus le froid. La neige tourbillonnait en flocons de plus en plus épais comme si toute la nuit allait s’ensevelir sur cette terre à la blancheur silencieuse. C’était à Michel qu’il devait se livrer sans contrepartie, lui confier ce qui lui était passé par la tête, sa peur surtout de ne plus être désirable maintenant qu’il avait quarante ans. Le jeune soldat pourtant veillait toujours au fond de lui. À travers les flocons serrés, une ombre s’avança, presque courant. Romain se jeta contre lui, glissa ses bras sous la parka, l’enlaça et mit la tête contre son cœur.

- Merci, souffla-t-il, merci.

  François toucha les cheveux de son fils, releva son front. A la faveur de la neige il vit des larmes briller et doucement, du bout des doigts, les effaça. Ils écoutèrent un instant le léger bruissement de la neige au-dessus du bruit de leur sang.

- Mon petit garçon, je serai toujours là, murmura François. Toujours. Maintenant rejoins les autres. Je vais finir de m’assurer que tout est en ordre ici. Je viens après. Va. Nous parlerons quand tu voudras.

  Le garçon s’éloigna. François vit la jeune ombre disparaître vers les lumières brouillées de la maison. Malgré le froid humide, les minutes passèrent sans qu’il fît un mouvement. Ainsi, avec la prescience de celui qui partageait les mêmes élans, son fils avait deviné. Leur nature semblable les portait vers un autre eux-même, car il s’agissait de retrouver dans un être celui qu’on sentait en soi, une manière en somme d’être deux pour égarer la mort. Il n’existait aucune règle, et encore moins d’explication ou de mode d’emploi pour le bonheur. Ni état, ni religion, ni société, personne n’avait le pouvoir de s’immiscer dans les méandres du désir.

  Dans une tourmentes, les flocons tombaient drus. François n’avait jamais eu conscience de l’heure, il se passa la paume sur le visage comme pour sentir qu’il était peut-être encore aussi jeune que les autres le voyaient.

  De nouveau devant lui une ombre s’avançait, écartant le rideau de neige.

- Eh bien, lança Michel, on t’attend depuis un bon moment. Qu’est-ce que tu fabriques ?

  François essaya de referme sa parka, mais ses doigts gourds n’y arrivaient pas.

- Ne me quitte jamais, dit-il.

- Qu’est-ce qui te prend ? Tu as des visions !

  Comme Michel l’attirait contre lui pour l’aider à remonter la fermeture Eclair, François murmura :

- Seul, j’ai froid.

- Je vois.

  Michel lui frictionna énergiquement la poitrine et les épaules à travers le chandail, puis referma la parka.

- Les enfants sont rentrés excités, puis soudain silencieux, puis de nouveau explosifs. Ils ont discuté d’une fête pour la fin de l’année. Leur mère est d’accord, ils invitent leurs amis, Mabel son copain, Beau sa petite amie. Mike exige d’avoir trois filles : il dit qu’il veut de l’air.

- Et Romain ?

- Comme d’habitude, il se contente de sourire. Les autres complotent quelque chose pour lui avec leur mère. Bon, on entre.

- Ils n’ont rien dit d’autre ?

- Si : que tu racontais des histoires épatantes. Quand ils étaient petits, tu faisais pareil. Rappelle-toi. Tu ne pouvais plus les laisser, ils te tenaient les doigts en s’endormant et il fallait des ruses de sioux pour te dégager. Ah aussi, dans le vestibule, comme j’enfilais mon anorak, le petit…

- Romain ?

- Oui, il m’a dit : « Il va attraper froid. Donne-lui ça et enfonce-lui sur la tête. Un soldat, ça doit obéir de temps en temps. »

- Il a dit un soldat ?

- Il a dit exactement : un beau jeune soldat.

  François sentit son cœur se serrer :

- Michel, j’ai besoin de toi. La jeunesse, c’est fini. Elle est à eux maintenant. J’ai besoin de toi plus que jamais. Tu comprends ?

- Oui, dit Michel, plus que tu ne crois.

  Il le prit par le cou pour l’entraîner. »

 

Commenter cet article

Moineau 20/08/2014 17:17

Je suis fan d'Eric Jourdan mais ce roman là m'a déçue. Je ne me suis pas attachée aux personnages, l'histoire m'a un peu ennuyée et j'ai trouvé le style moins plaisant que d'habitude. Étrangement le seul autre livre d'Eric Jourdan qui m'a laissé une impression similaire ( même si je ne le considérerait pas comme une déception ) se terminait bien lui aussi, alors peut-être que c'est simplement moi qui n'aime que les tragédies ^^' Cela dit la conclusion était superbe.