Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #Genre Policier

 

bernard-werber« On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui » Pierre Desproges

(Citation de l’auteur dans Le rire du Cyclope) 

 

Je tiens à remercier les Editions Albin Michel pour m’avoir offert la chance de lire ce livre.

Merci !

 

le rire du cyclopeEditions Albin Michel, Policier
Publication : 1 octobre 2010 (VF)
618 pages _ 22,90 €

 

« Werber invente des fictions ébouriffées à la bonne humeur contagieuse. C’est brillant, déconcertant, bien documenté. »

(Le Figaro, à propos du Père de nos pères)

 

4ème de couverture :

« Un coffret renferme l’arme absolue.

La plus inattendue, la plus imparable. Le célèbre comique, le Cyclope, est mort d’avoir voulu le posséder.

On ne l’ouvre qu’à ses risques et périls…

Après Le Père de nos pères et L’Ultime Secret, une nouvelle enquête de Lucrèce et Isidore au cœur d’un des grands mystères humains : le rire. »

 

Mon avis : La première fois où j’ai eu ce roman entre les mains la couverture m’a tout de suite faite penser à la boîte de Pandore sans me douter un seul instant que l’histoire tournera comme un bruit de fond autour d’un mystérieux coffret bleu. Pandore, le mythe grec où selon Hésiode la première femme ouvrit la jarre que Zeus lui avait confié et qui contenait tous les maux de l’humanité, qui se répandirent sur la Terre où seule l’Espérance y resta au fond, n’ayant pas eu le temps de fuir en même temps que les autres avant que le couvercle ne se referme.

            Un livre que j’avais hâte de découvrir après ma première rencontre du genre avec l’auteur et le Cycle des Dieux (une trilogie que je vous présenterai plus tard dans le cadre du challenge Mythes et Légendes), suivi par une indigestion avec Le livre du Voyage. Des rumeurs me conseillant ardemment de tenter ma chance avec Lucrèce Nemrod et Isidore Katzenberg – suite à ma période Millenium – après m’avoir présenté le Cycle des Fourmis. Au vue du succès de l’histoire de la petite fourmi, vous vous douterez sans doute que je ne suis jamais allée plus loin que la couverture du premier volume et que c’était donc une chance de me faire pardonner que m’offrait les Editions Albin Michel !

            Parlons-en, parlons bien.

            Toute l’affaire tournera autour du mystérieux décès de l’humoriste numéro un des Français : le Cyclope. Un surnom qu’il doit à l’une de ses orbites vides qui cache un petit cœur lumineux en plastique à l’ampoule clignotante. Une mort solitaire soudaine qui enlèvera l’homme après une représentation dans sa loge fermée à double tour, suite à une crise de rire qui serait la cause de l’arrêt cardiaque et qui enclenche le premier chapitre de ce volumineux livre. Ensuite, on assiste à une réunion du  magazine Le Guetteur Moderne où Lucrèce, journaliste scientifique, annonce une idée d’article : Darius Wozniak a été assassiné. Au départ, septique, elle finit par obtenir l’accord de sa supérieure de mener l’enquête jusqu’à avoir assez de sources pour écrire un bon article vendeur.

            Mon plus grand regret réside dans le fait d’avoir attendu le troisième volet des aventures de Lucrèce Nemrod et d’Isidore Katzenberg pour faire leur connaissance.

 

Extrait/Blague :

« - Attends, ne fais pas ça ! Ne fais pas ça, répéta la voix. Ça ne sert à rien. Il n’y a pas de poisson ici.

Alors l’Esquimau, inquiet, abandonne et va un peu plus loin. A nouveau il scie la glace pour enfoncer son fil de pêche terminé par un hameçon et un appât. Il attend, assis devant le trou, lorsque la voix résonne à nouveau :

- Il n’y a pas de poisson ici non plus.

L’homme se retourne, cherche qui a parlé et ne voit personne. Alors, pensant être victime d’une hallucination, il va plus loin creuser un autre trou dans la glace. Il plonge son fil de pêche et attend. Une nouvelle fois, la voix retentit, grave et agacée :

- Puisque je te dis qu’il n’y a pas de poisson, ici !

Alors l’homme se dresse, lève son poing vers le ciel et crie :

- Qui me parle ? Est-ce Dieu ?

Et la voix grave répond :

- Non, c’est le directeur de la patinoire. »

 

            Dès les premières pages, j’ai été assez surprise par le style de l’auteur car le premier chapitre est assez rapide. Pas dans le sens où - clac-boum ! - c’est bon ça c’est fait on a notre meurtre, mais dans le sens où les phrases font à peine deux lignes chacune et qu’à chaque phrase son paragraphe. Une méthode assez mal vue par nature, due à ma formation professionnelle de gestionnaire, que l’on considère comme un manque de respect envers le lecteur mais aussi parce que c’est fatiguant à la longue pour les yeux. Un vieux préjugé que j’ai surmonté en me disant qu’il était impossible que le livre soit structuré de la même manière tout au long des six cent pages et que j’ai eu raison de suivre. Découvrant au fil des pages des paragraphes de plus en plus fourni, savourant avec plaisir le manque de phrases à rallonge, évitant ainsi à l’histoire de prendre un caractère trop pompeux et hautain, et de perdre toute sa vitalité.

 

Extrait/Blague :

« Adam s’ennuie au Paradis. Il réclame une femme. Dieu lui dit qu’il va lui en élaborer une extraordinaire. Elle sera belle, gentille, douce, intelligente, attentionnée, douée dans tous les arts, gracieuse, câline. Ce sera, des animaux de la Création, sa plus grande réussite. Le problème c’est que cela coûtera très cher. Précisément, un œil, un bras et six orteils. Alors Adam, après réflexion, dit : « Ca me semble un peu cher, et pour juste une côte, vous me donneriez quoi ? » »

 

            Ma deuxième grande surprise réside toujours dans le style de l’auteur, plus particulièrement dans le temps de conjugaison des verbes. Toute l’histoire, de la première page à la dernière est racontée au présent de l’indicatif. Un choix surprenant, une particularité que je n’ai jamais rencontré avec un autre auteur de roman sauf peut-être avec les livres pour enfants. Un style qu’on adopte très vite et qui rend le court de l’histoire très fluide.

            Mon plus grand plaisir fut dans le découpage des chapitres – que j’avais déjà rencontré dans le Cycle des Dieux. Où le passage d’une scène à une autre est soit entrecoupé par une blague ou alors par un extrait du Grand Livre d’Histoire de l’Humour à la place du sempiternel chiffre romain. Une méthode à la quelle j’adhère totalement car elle m’a souvent permise d’éclater de rire, de me détendre, d’imaginer Molière faisant partie d’une secte du rire ou bien même, d’intensifier le suspense, rendant l’attente insupportable aussi bien que dans un thriller. Une chose remarquable qu’il m’a été rarement donné de lire.

            Ce livre a aussi une autre particularité, celle de sentir Bernard Werber très proche de son lectorat. Il est composé de citations, d’une postface à la fin de cinq pages où il s’adresse au lecteur, explique un peu comment est né ce livre et nous fait partager les musiques écoutées durant l’écriture. Des petits moments que j’ai appréciés.

 

            Vous verrez, en réalité on n’a pas le temps de s’ennuyer au fil de ces six cent dix-huit pages, ni même le courage de lâcher ce gros volume avant la fin.

 

 

Extrait/Blague :

«  Deux spermatozoïdes discutent, le premier dit : C’est encore loin les ovaires ? Tu parles, répond l’autre, nous ne sommes qu’aux amygdales. »

 

Extrait :

« - Désolé. Je ne vous aiderai pas à enquêter. Je suis désormais un journaliste scientifique à la retraite, j’ai tout arrêté et je ne suis pas près de recommencer. Je veux seulement qu’on me foute la paix.

  Isidore Katzenberg est en chemise hawaïenne à fleurs sur un maillot de bain bermuda jaune à rayures violettes, lunettes de soleil Ray-Ban œil de mouche sur le nez et tongs brésiliennes aux pieds.

  Lucrèce Nemrod est surprise qu’il la vouvoie à nouveau, mais étant donné le temps écoulé depuis leur dernière enquête six longs mois, elle en déduit qu’il veut ainsi lui signaler qu’elle est devenue une étrangère.

  Elle soupire, examine le refuge du journaliste-ermite, ancien prodige de sa profession. C’est un château, mais un château un peu spécial, un château d’eau, une ancienne tour-citerne en bordure de Paris, porte de Pantin, en plein milieu d’un terrain vague.

  Isidore Katzenberg l’a aménagé pour le transformer en appartement. On y pénètre par un escalier central qui mène à une sorte d’îlot de deux mètres de diamètre avec deux palmiers au milieu et du sable blanc. Autour, une piscine circulaire de cinquante mètres de diamètre et cinq mètres de profondeur.

  En empruntant le ponton de bois et de lianes on rejoint ensuite les berges où sont installés quelques meubles qui donnent au château un aspect plus conventionnel. Un lit à baldaquin en bois sert de chambre, une table couverte d’ordinateurs sert de bureau, un coin-kitchenette sert de cuisine, un coin-évier fait office de salle d’eau, un large divan avec une table basse et un téléviseur plat délimitent le salon.

  L’eau turquoise de la citerne est arrêtée par un petit rebord où les clapotis viennent se briser.

  Le toit est transparent, si bien que de tout point de cet appartement circulaire on peut voir le soleil, la lune ou les étoiles.

  Une île quelque part au beau milieu de l’océan Indien. En pleine ville.

- Pourquoi refuses-tu… enfin refusez-« vous » de m’aider ?

- Je n’aimais pas Darius.

- Vous n’aimiez pas Darius ? C’était LE Cyclope. C’était le Français le plus aimé des Français. Tout le monde aimait Darius.

- Eh bien je ne suis pas tout le monde. Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison.

  Encore cette phrase…

- Darius ne m’a jamais fait rire. J’ai toujours trouvé son humour lourd et vulgaire. Il était méprisant vis-à-vis des femmes, des étrangers, des malades. Sous prétexte de rire de tout, il ne respectait rien.

- N’est-ce pas la fonction même de l’humour ?

- Dans ce cas je pose la question : « Pourquoi l’humour ? » Je n’ai que dédain pour ces gens qui se sentent obligés d’avoir des spasmes du diaphragme parce qu’un pauvre type glisse sur une peau de banane ou se prend sur la tête un sceau d’eau posé par un malveillant.

- Mais…

- N’insistez pas. Je trouve que se moquer des gens malchanceux, faibles ou différents n’est pas une activité honorable pour un être évolué. Or l’essentiel de l’humour c’est l’invitation à dénigrer au hasard les cocus, les ivrognes, les estropiés, les gros, les petits, les blondes, les Belges, les femmes, les prêtres, et j’en passe. Il n’y a rien d’estimable dans ce défoulement collectif et discriminatoire. La mort de Darius Wozniak est une aubaine pour le monde de l’intelligence et du bon goût.

- Mais…

- En plus il n’était même pas l’auteur de ses sketches. Il les volait aux autres ou récupérait des blagues anonymes pour les signer de son nom. Et personne n’y trouvait rien à redire.

  Lucrèce Nemrod secoue sa longue crinière rousse.

- Mais… le début de l’enquête que je vous ai racontée…

- Quoi ? L’arme du crime qui serait une boîte bleue marquée « BQT » et « Surtout ne lisez pas » ? Un papier photo qui aurait noirci ? Une vidéo avec un clown triste ? Vous appelez ça un « début d’enquête » ! J’espère que vous plaisantez, mademoiselle Nemrod ?

  Il m’énerve. Il m’énerve.

  Elle l’observe. L’ancien journaliste scientifique d’élite a beaucoup maigri depuis leur dernière rencontre. Mais son visage poupin, ses lèvres épaisses, sa calvitie, ses oreilles rondes finement ourlées et sa voix un peu trop aiguë pour son gabarit de plus d’1,80 mètre participent toujours à cette impression de grand bébé.

- Je n’ai plus de temps à vous consacrer. Désolé, j’ai rendez-vous avec des amis.

  Des amis ? Je croyais qu’il n’avait pas d’amis.

  Il enlève son bermuda à rayures et révèle un maillot-short à fleurs rouges et vertes. Il dépose ses Ray-Ban, enfile des petites lunettes aquatiques et serre le cordon de son maillot de bain.

  Il se dirige vers sa piscine intérieure et s’élance en un plongeon parfait qui ne provoque pas la moindre vague.

  Aussitôt deux dauphins bondissent hors de l’eau à la verticale comme pour le saluer.

  Ce n’est pas de l’eau douce, mais de l’eau de mer !

  Elle avait déjà pu admirer les dauphins lors de sa première vendue dans cette demeure étrange, dont la piscine avait été conçue pour accueillir des cétacés.

  Que c’est beau.

  Que c’est surprenant.

  Que c’est exotique.

  Quel dommage qu’il ne m’apprécie pas.

  Isidore Katzenberg nage et elle s’assied, patiente.

  Soudain elle hurle.

- ATTENTION ! IL Y A UN…

  Elle désigne un aileron triangulaire qui affleure et se déplace à grande vitesse.

  Le journaliste scientifique sort la tête et recrache un petit jet d’eau à l’arrondi parfait.

- ATTENTION ! UN REQUIN ! hurle-t-elle.

  L’aileron fend l’eau et approche de l’homme immergé qui ne bronche pas.

  Au moment du choc avec les terribles mâchoires Isidore Katzenberg avance la main et caresse le flanc de l’animal.

- Ah, vous parlez de George ? Je l’ai récupéré alors qu’il se débattait dans des filets dérivants au large de Cuba.

  Il nage vers elle puis pose les coudes sur les bords de la piscine.

- George avait mordu à un hameçon et il était en train de se faire remonter par des pêcheurs cubains. Ils allaient lui couper les ailerons pour fournir les soupes chinoises censées être aphrodisiaques. Ensuite les marins les rejettent vivants dans l’eau. Les requins pourrissent et agonisent dans d’atroces souffrances au fond des océans. Qui parlera de la douleur des requins sacrifiés pour les érections des Chinois ? Un copain de Greenpeace a pu aborder le bateau cubain et le récupérer. Mais le pauvre requin avait déjà reçu des coups de harpon, il a fallu le soigner. Et surtout le rassurer.

  Qu’est-ce qu’il raconte ? Il parle de « rassurer un requin » ?

- Je l’ai baptisé George pour qu’il ne soit plus un requin anonyme. George avait très peur des hommes. Il pensait qu’on était tous « dangereux ». Il était… comment dire ? « Humanophobe ».

  Elle observe l’aileron qui s’éloigne.

- En plus George a une tendance paranoïaque. Il fallait aussi le mettre au calme, loin de cet océan rempli de dangers.

  Ce type est devenu fou. »

 

Pour les petits curieux et petites curieuses, je vous conseille d’écouter cette interview sur l’auteur : http://www.france-info.com/chroniques-parlons-net-2010-10-01-bernard-werber-invite-de-parlons-net-pour-son-dernier-ouvrage-le-rire-488783-81-264.html

 

 Logo-Albin-Michel.jpg

Commenter cet article