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Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #Genre Lectures Amoureuses

pour jamaisEditions H&O, Lectures Amoureuses
Publication : 2001 (VF) _ Réédition : 10 octobre 2006
290 pages _ 7,90 €

 

4ème de couverture : « L’Amérique des années 1940. Dès leur première rencontre, au lycée, pour John et Doug c’est un coup de foudre, ils deviennent inséparables. A cet âge-là, on croit à l’amitié. Lorsqu’ils s’aperçoivent qu’il s’agit d’amour, c’est trop tard : chacun a peur des gestes qui pourraient blesser l’image que l’autre se fait de lui, et tous deux cachent leurs sentiments et se taisent.

Après l’université, la riche famille de John songe à le marier : Ethel a tout pour elle, la beauté et les biens. Mais seul Doug existe aux yeux de John. Et c’est le drame.

Bien des années plus tard, Ethel raconte leur histoire à Tom, un, jeune homme qui lui rappelle les deux autres, comme pour se racheter à ses propres yeux et lui permettre de vivre selon ses désirs.

 

Pour Jamais, drame d’une passion qui ne peut s’accomplir, est une histoire d’amour et d’amitié comme Erice Jourdan en a le secret. »

 

Mon avis : Il y a un bon petit moment, je vous faisais la présentation de Les mauvais anges du même auteur. Et bien voyez, après être tombée sous le charme d’une plume hors du commun, je me suis lancée dans une nouvelle aventure. Et comme ma première fois, j’ai lu le livre, laissé passer une année entière à mon petit cœur bouleversé avant de relire à nouveau le roman et vous en faire la présentation cette fois-ci.

            Et dans les deux cas, j’en suis sortie les larmes aux yeux, serrant les dents pour m’empêcher de me mettre à pleurer, totalement bouleversée. Ce livre est différent de son prédécesseur et si semblable par la même occasion. Du bonheur en papier. Un plaisir sous couverture, à la limite de la drogue.

            Avant d’en dire plus, je tiens à ajouter que cette nouvelle histoire se lit dans le silence avec la plus sérieuse des concentrations, faute de passer à côté de ce nouveau présent d’amour et de douleur que seul sait nous offrir l’auteur.

 

            Des pages qui défilent sous les yeux qui peuvent avoir cette petite difficulté à charmer. Car la plume s’amuse à nous conter l’histoire de John et de Doug, à travers le récit, les mots d’Ethel. Celle par qui la fin est arrivée. Rejointe en-cours par le jeune Tom qui est le témoin qu’elle s’est choisie pour recueillir ce récit.

            Au départ, j’ai été un peu déstabilisée, comme Ethel et son grand âge, lorsqu’elle se met à raconter l’histoire, le passé des deux garçons. Où de sa bouche, le passé et le présent se mettent à se mélanger, les chapitres slalomant entre un narrateur interne puis externe et inversement. Une réalisation, un choix assez surprenant car comment Ethel peut-elle nous raconte l’histoire de ses deux hommes sans avoir été témoin de tous ses moments intimes ? Et de décider du jour au lendemain que Tom serait son héritier.

            Si on n’y prend pas garde on passe à côté d’une histoire d’amour émouvante, où tout comme Les mauvais anges, on sent les jours ténébreux guettaient au fil des pages. Ce qui semble être devenu la marque de fabrique de l’écrivain. Malgré ça, on ne peut pas s’empêcher d’espérer, de ce sentir proche de ses deux garçons. De partager leur première rencontre, de voir leur amitié évoluée, l’amour naître dans le cœur de John et le doute s’installer dans ses yeux. Partager les interrogations des protagonistes car dans les années 1940, il est difficile de vivre son homosexualité et encore plus de l’avouer. Ainsi que les devoirs de famille qui pèsent sur les épaules des jeunes hommes. Toute la difficulté de vivre libre et heureux.

            Quel bouleversement et épreuve pour le cœur. Je ne m’en plaindrais pas tant que les mots sont merveilleusement mariés et l’histoire formidablement narré.

            Je referme à nouveau ce livre toute bouleversé face à l’amour pur que nous décrit Eric Jourdan avec beauté. Tellement pur qu’il en devient blessant, douloureux, voir même insupportable. Je pense continuer à découvrir ses œuvres qui à elles seules, comme rarement d’autres, arrivent à me chambouler l’âme. M’étant rarement donné de lire ce genre d’amour fort et véritable, une justesse dans l’expression des sentiments sans vulgarité.

            Un roman touchant que je conseille sans hésitation.

 

Extrait :

« Il leur fallut des heures pour rentrer, le ciel noir avait des éclaircies brusques et livides et le tonnerre grondait, roulait, claquait, ayant l’air chaque fois de les poursuivre, tandis que le ciel redoublait de violence. Semblables à des noyés, alors que l’après-midi s’avançait, ils arrivèrent enfin sous l’auvent de la grande. John arracha son polo et entra chercher de quoi se sécher.

  Le cœur lui battait quand il vit que Doug avait fait de même, que dans la lumière de l’orage ses épaules luisaient. John lui lança une serviette, puis s’assit pour délacer ses tennis et enlever son pantalon de toile. Doug s’était détourné, à son tour du pied il ôta les tennis, son pantalon glissa plus difficilement sur ses jambes et il gardait un court caleçon qui se plaquait sur son ventre.

- Enlève tout », dit John si bas que la pluie couvrit sa voix. « Doug ! dit-il plus fort.

  Doug se tourna vers lui « Moi, je ne t’ai jamais vu tout nu, nous sommes des camarades, enlève tout, Doug. »

  Il faisait trop sombre pour qu’il vît l’expression de Doug, mais celui-ci enleva le caleçon de toile et resta immobile. Un long moment se passa avec pour fond les grondements de l’orage, pour John l’orage silencieux de son corps couvrait tout. La lueur d’un éclair enveloppa le corps devant lui, le dessinant d’un trait lumineux sur l’air redevenu aussitôt sombre et un instant fit bouger cette statue. « Je vis un moment d’éternité, pensait John, mes yeux possèdent ce que mes mains veulent palper. Maintenant je devrais mourir, mourir d’avoir contemplé. » Soudain il se leva et gagna l’auvent. Il voulait voir Doug de dos. « Ne bouge pas, » lui cria-t-il en le frôlant, mais Doug demeurait sans mouvement, comme au cœur d’un cercle magique. Son dos recevait toute la lumière du jour ténébreux, ses fesses et ses jambes, humides encore, brillaient. Même sans voir de visage, pour John la chair, sa blancheur, sa douceur, ce corps ne pouvait être que Doug. Il y eut une saute de vent si violente qu’instinctivement John s’avança dans la grange. Les nuages se déchiraient, un soleil rouge répandit sur eux sa lumière éclatante. Il mit ses bras autour des épaules de son camarde et le tourna vers lui. Ils se serrèrent l’un l’autre, sentant chacun l’autre cœur battre et restèrent ainsi dans le rouge chaleur. »

 

Ce que pensait Doug :

  « C’était déjà un aveu. Chaque nuit j’attendais, et à l’aube parfois nos corps inconscients s’étaient rapprochés dans l’attente d’un événement impossible. Et l’événement fut l’orage. D’abord la marche dans les collines, puis ce retour forcé sous la pluie. Au début, nous fîmes halte sous de grands arbres, croyant qu’on pouvait s’abriter pour laisser passer l’averse et nous restâmes l’un près de l’autre, nerveux et muets. Si la pluie n’était devenue torrentielle, là tout aurait commencé, j’en suis sûr maintenant que tout est fini. Mais nous dûmes revenir, courant parfois, glissant, poursuivis par les coups de feu du tonnerre. Nous arrivâmes dans la grange trempés et moites de chaleur. John fut plus rapide à se dévêtir. Je regardais à terre mes vêtements dégoulinant d’eau quand sa voix me toucha : « Enlève tout, je veux te voir nu. » C’était une voix un peu rauque et basse. J’enlevai le sous-vêtement qui me collait au ventre. Je ne bougeai plus. La flaque d’eau s’agrandissait à mes pieds et je sentais monter à nous les odeurs de la terre et celle des arbres sous la pluie et ce parfum frais du moment étrange, car John ne bougeait pas. Puis il se leva, m’effleurant à peine au passage et gagna l’auvent derrière moi. J’eus la sensation d’une chaleur brutale, tandis qu’un rayon orange zébrait la pièce sous mes yeux et, juste après, je sentis le corps de John contre mon dos. Il me tourna vers lui avec douceur, je n’entendais plus battre mon propre cœur dans ma poitrine. »

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Moineau 20/08/2014 17:24

Ce roman là m'avait beaucoup touchée. Étrangement je l'avais arrêté pendant longtemps avant de le reprendre quelques années plus tard et ma lecture décousue ne m'a rien enlevé du plaisir de l'histoire. C'est un très beau roman ( pas au niveau des mauvais anges, mais très bon quand même ) quant à la conclusion, je l'ai trouvée parfaite. Elle n'offre pas le happy end que le lecteur pourrait souhaiter, loin de là. On est dans le tragique, pourtant il y a ce petit sourbresaut d'espoir qui vit à travers le personnage de Tom et finalement je n'ai pas été trop triste pour de Doug et John. Merci pour ce billet :)

Luna 21/11/2011 10:10


Après avoir lu ton article, je ne peux qu'avoir envie de découvrir ce livre !

Ambroisie 26/11/2011 07:43



Ca me fait plaisir de le lire car tu ne peux pas savoir jusqu'à quel point l'auteur a réussi à m'envoûter depuis que je l'ai découvert. Et ses histoires sont
tellement belles et tristes. Gwa !



yohann 20/11/2011 08:03


Ayant déja avoir pu lire un préface, je trouve que avec l'image et le reste, c'est un trés beau billet, on sent bien l'émotion que tu souhaite faire passer.


Félicitation à toi :)


 

Ambroisie 26/11/2011 07:44



Merci beaucoup. Je suis vraiment accro à la plume d'Eric Jourdan. Ses histoires sont tellement merveilleuses et touchantes.