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Kezako du livre

Kezako = "Qu'est-ce que c'est ?"

Publié le par Ambroisie
Publié dans : #Genre Erotique

telenyEditions Le Cercle Poche, Erotique
Publication : 1893 (VO), 1934 (VF) _ Réédition : 6 juillet 2011
268 pages _ 6 €

 

4ème de couverture : « L’aristocrate Camille des Grieux rencontre René Teleny. Pianiste de talent, lors d’un concert mondain. Le coup de foudre est immédiat, et la vie des deux hommes s’en trouve bouleversée. Car une liaison homosexuelle n’a pas lieu d’être dans l’Angleterre victorienne…

 

Oscar Wilde est un des écrivains majeurs de la littérature contemporaine. Auteur de pièces de théâtre, nouvelliste, romancier, journaliste, poète, il a risqué la mort par une vie ouvertement bisexuelle, à la fois père de famille aimant et homosexuel déclaré, ce qui lui vaudra la prison et l’exil. Mort à Paris (à L’Hôtel, aujourd’hui établissement parisien renommé) en 1990, enterré au Père Lachaise, il voit sa tombe continuer à être fleurie en toutes saisons, et son œuvre entre à La Pléiade en 1996. »

 

Mon avis : Je ne suis pas une adepte de la littérature classique par nature. Je connais mes auteurs, bien sûr, sauf que j’ai plutôt tendance à les bouder ouvertement. Mais là s’arrête mes connaissances en la matière. Heureusement qu’à l’école on ne m’a jamais forcé à en lire trop en cours de français…

            C’est ainsi que j’ai été très étonnée en tombant sur ce livre, où pour l’occasion j’ai laissé mes préjugés à la poubelle pour me consacrer à cette lecture.

            J’en sors très contente avec un nouveau regard sur la littérature contemporaine. Bien que cela reste une histoire d’amour entre deux hommes avec des scènes non censuré, j’ai particulièrement aimé cette lecture. Principalement à cause des mots, du vocabulaire employé – cela est peut-être dû au fait que le roman fut écrit en collaboration avec des amis de l’auteur. Beaucoup de scènes se voient décrite comme/ou comparé à des paysages. Pareil pour les sentiments que ressent le personnage principal, Camille. Camille qui vit pour la première fois de sa vie une histoire amoureuse. Un amour d’autant plus fort que ses sentiments sont tournés vers un homme et qu’il n’y connait strictement rien, lui, l’enfant élevé dans la bonne société et où l’amour homosexuel se voit proscrit bien que consommé en cachette.

            Totalement submergé, il essayera de résister à ses sentiments avant de se laisser couler pour ensuite être repêché par Teleny qui l’aime du même amour. D’un amour dévorant, sans limite et destructeur. Il lui apprendra tout ce qu’il doit aimer sur l’amour entre hommes. Le convertissant, lui faisant découvrir la beauté, le désir et le plaisir. Toute fois, Teleny reste un homme mystérieux pour le lecteur car bien que son cœur bat d’un même amour pour Camille au point d’être à la limite du supportable, il plantera la graine et deviendra la cause de leur chute. Me laissant dans la bouche un arrière goût amer de manipulation pour Camille et d’incompréhension totale, sans oublier une pointe de reproche pour Teleny.

            Une plume ayant un goût fort prononcé pour l’esthétisme, la recherche du beau et doublé d’une grande culture. Une extravagance et un refus certains de la morale. La passion, l’amour, la sexualité exposés sous toutes ses formes au point de pouvoir choquer et qui évoque le combat qu’il faut mener parfois contre sa jalousie, sa raison et son éducation pour vivres pleinement ses sentiments.

 

Extrait :

« - Ne nous occupons pas de vos fioritures et continuez votre histoire.

- C’est justement un point important, car vous ne pouvez séparer mon personnage de la musique de son pays ; bien plus, pour le comprendre, il faut d’abord ressentir le charme latent qui se dégage de ces chants tziganes. Une organisation nerveuse, lorsqu’elle a été une fois impressionnée par une csardas, répond toujours à ces notes magiques par de voluptueux frissons.

  Ces mélodies commencent ordinairement par un doux et bas andante, quelque chose comme le regret d’un espoir abandonné ; puis, changeant de rythme, croissant en célérité, elles se saccadent comme les sanglots d’amans qui se disent adieu, et sans rien perdre de leur douceur, tout en augmentant en vigueur et en solennité, atteignent dans le prestissimo coupé de soupirs le paroxysme dans un chant funèbre, pour bientôt éclater en une ardente et guerrière antienne.

  Quant à lui, il personnifiait, en beauté et en caractère, cette extasiante musique. En l’écoutant, j’étais comme ensorcelé ; cependant je ne pourrais dire si mon enchantement venait de la composition, de l’exécution ou de l’artiste lui-même. A ce moment, les tableaux les plus étranges commencèrent à surgir devant moi. D’abord l’Alhumbra, dans toute la magnificence de son architecture mauresque, merveilleuse symphonie de pierres et de brisques, si semblable aux arabesques de ces bizarres mélodies de Bohême. Peu à peu, un feu dévorant s’allumait dans ma poitrine. Une irrésistible lubricité s’emparait de moi ; je ressentais les morsures d’un indomptable et criminel amour. Je brûlais de cette luxure ardente propre aux hommes qui vivent sous le ciel torride ; j’avais soif de volupté ; j’aurais voulu vider jusqu’à la dernière goutte de la coupe de quelque philtre aphrodisiaque.

  Mais voici que la vision changea. Ce n’était plus l’Espagne, c’est maintenant une terre aride et nue ; ce sont les sables brûlés de l’Egypte, où coulent lentement els eaux du Nil, là où l’empereur Hadrien, inconsolable, pleurait l’amant si ardemment aimé et à jamais perdu. Secoué par cette enivrante musique, véritable aiguillon des sens, je commençais à comprendre ce qui m’avait paru jusqu’alors si étrange : la passion du puissant monarque pour le bel esclave grec, pour cet Antinoüs qui mourut pour l’amour de son maître.

  Mon sang affluait de mon cœur à ma tête et courait dans mes veines comme une coulée de plomb fondu.

  Nouveau changement de décor. Nous voici dans les somptueuses villes de Sodome et de Gomorrhe, superbes, grandioses, féériques… et les notes du pianiste murmuraient à mes oreilles, avec le halètement d’une fiévreuse concupiscence, le bruit d’une roulade de baisers.

   C’est à ce moment qu’au milieu de ma vision, l’artiste se tourna de mon côté et me jeta un long et languissant regard qui de nouveau rencontra le mien. Etait-ce lui, était-ce Antinoüs, ou plutôt n’était-ce pas un de ces anges envoyés à Loth par l’Eternel ? Le charme irrésistible de sa beauté était tel que j’en fus fasciné, tandis que la musique semblait chanter à mes oreilles. »

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